Le moustique jaune

Chapitre I

L’histoire commence en musique, dans un village, « quelque part » en République démocratique du Congo. Les habitants vaquent à leurs occupations quotidiennes, balayer le sol, piler le maïs, laver le linge, préparer le fufu, au rythme des tam tam.
Soudain, tout s’arrête pour faire place au conteur et à l’histoire « annoncée ».
En effet, ce jour là n’est pas tout à fait comme les autres; Maman Adèle est grosse et elle va accoucher d’un instant à l’autre. Elle arrive au milieu des villageois, elle est énorme et elle a bien du mal à marcher.
Tout le monde l’encourage en chantant:
OYA YE OLE LE BEBE A BOTAMA ! POUSSA POUSSA ……

Cachée derrière un grand drap , elle donne naissance à son enfant dont nous entendons maintenant les premiers cris.
Le village est en émoi, impatient de découvrir l’enfant de Maman Adèle.
Mais lorsque le drap se retire pour dévoiler le bébé, chacun est saisi de panique et fuit en criant, car oh surprise, à la place du beau bébé que tout le monde attendait, il y a là, une créature jaune, un peu inquiétante qui ne ressemble en tout cas ni à Maman Adèle, ni à aucun villageois, ni à rien que nous connaissons.
Tout le monde s’écarte.
La créature jaune tente de s’approcher, mais les villageois reculent, apeurés.
Ils se mettent à discuter, s’interrogent sur cette créature inconnue et si différente: que faut-il faire ? Qui est elle ? Comment réagir ?

Alerté par le brouhaha, le Moconzi, le chef du village, accoure et après avoir ordonné aux villageois de se taire, il découvre avec stupeur la situation. Cette créature est vraiment étrange, même le chef du village recule à sa vue, et les villageois ne parviennent pas à se calmer, malgré les vives recommandations du chef.
Ce dernier demande alors à Maman Adèle de prendre la parole, elle pleure beaucoup et explique que même si elle l’a porté pendant neuf mois, cet enfant ne peut pas être le sien, car il ne lui ressemble pas et il ne ressemble pas non plus à ses autres enfants.
Les villageois la soutiennent et insistent vivement auprès du chef pour que la créature jaune s’en aille loin.
« AKENDE AKENDE ! QU’IL S’EN AILLE!!! »

Le chef finit par accepter la volonté de ses protégés, il s’adresse à l’enfant jaune et lui ordonne de partir.
Seul et triste, ce dernier se met en marche lentement en chantant:
« PAPA NA MAMA BABENGA NINGAY IO , PAPA ET MAMAN M4ONT REJETE … »
Il s’en va vers la brousse où l’attendent de nouvelles aventures et de nouvelles rencontres.

Chapitre II

Nous sommes au cœur de la forêt congolaise, il fait sombre et il fait chaud;
Comme chaque matin, l’éléphant se réveille et sort de chez lui, pour aller boire et manger.
Il avance d’un pas lourd et fier. L’enfant jaune l’aperçoit au loin et s’approche pour lui raconter son histoire et demander de l’aide. Il hésite un peu, l’éléphant est beaucoup plus gros que lui, puis finalement il l’aborde en lui tapotant le dos.
L’éléphant d’abord sursaute, puis très vite, se met dans une grande colère, car il est bien connu que le moustique est l’ennemi numéro un du gros animal.
L’éléphant tape le sol avec sa grosse patte et remue sa trompe dans tous les sens; l’enfant fait quelques pas en arrière, ne comprenant pas ce qui se passe, mais cela n’arrête pas l’éléphant qui maintenant lui fonce dessus;
Alors qu’il va l’écraser, le crocodile arrive et stoppe net l’éléphant qui s’écarte un peu sans être calmé pour autant.
Le crocodile demande à l’enfant jaune ce qu’il fait là, tout seul au milieu de la brousse.
L’enfant explique qu’il a été chassé de sa famille et de son village, qu’il est seul, perdu et qu’il a le ventre vide.
Le crocodile l’écoute calmement mais l’éléphant secoue la tête de droite à gauche, pour signifier son désaccord.
L’enfant pleure et tend les bras vers les deux animaux, mais l’éléphant reste déterminé, il ne veut pas de lui ici, il faut qu’il parte au plus vite.
Le crocodile dit alors à l’enfant de faire demi tour, car il n’y a pas de place pour lui ici, il lui recommande cependant d’aller vers la grande ville, et lui montre la direction à prendre. L’enfant jaune obéit et reprend son chemin.


Chapitre III

L’échangeur de Kinshasa, au cœur de la capitale.
L’agitation est à son comble, l’agent de la circulation tente de mettre de l’ordre au carrefour, mais en vain. Il y a beaucoup de monde et des mouvements dans tous les sens. Les vendeurs d’eau, de pain, de papiers mouchoirs, les cireurs de chaussures, les manucures s’agitent de droite à gauche; les chauffeurs de taxi crient au milieu de l‘embouteillage. Les gens tentent de se frayer un passage, de traverser la rue, de prendre un transport, de vendre des marchandises.
Il y a des cris, des disputes et des accidents. Un taxi freine brutalement, les passagers perdent l’équilibre, le policier les arrêtent, il refuse de les laisser passer, puis finalement tout s’arrange et reprend son cours habituel , sous la chaleur, dans le bruit de la ville.

Au milieu de la rue, l’enfant jaune marche, il ne sait pas vraiment où il se trouve, il regarde un peu partout et ne comprend pas grand-chose. Cet endroit lui est inconnu, il erre au milieu du bazar ambiant sans trop savoir où aller.
Personne ne s’arrête sur son passage, personne ne semble le remarquer.
Epuisé par tant de mouvements, affamé et las de marcher depuis tant de temps, il finit pas s’assoir sur le bord de la route, il n’a plus de force.

Non loin de lui, trois femmes se disputent très fort, un homme essaie d’intervenir et de les séparer. Il est difficile de comprendre ce qui leur arrive car elles hurlent toutes les trois en même temps.
Un musicien s’apercevant de la scène branche sa guitare, et accompagné de ses camarades, il va tenter de les calmer en composant une douce mélodie.
« MILLE ANS COMME UN JOUR /
UN JOUR COMME MILLE ANS /
LA PERSEVERANCE
C’EST L’ASSURANCE /
DE LA VICTOIRE »

Dès les premières notes, tout ce petit monde agité se tait, écoute et se met à chanter, tout près de l’enfant jaune, qui semble enfin s’endormir.
C’est alors que trois jeunes gens arrivent d’un pas décidé, occupés par leur conversation.
Subitement, ils découvrent l’enfant jaune, et de façon brutale, ils s’approchent de lui et l’interpellent.
Qui es-tu petit ?
Parles !
Tu dois nous dire qui tu es !
Tu ne peux pas rester ici, ! C’est notre territoire!

Ils attrapent l’enfant et le déplacent un peu plus loin, l’enfant a peur et il gémit: « laissez moi, je n’ai rien fait, laissez moi s’il vous plaît ».
L’un des trois décide alors de calmer ses deux compères et de reposer l’enfant par terre; il y a peut-être un arrangement possible.
Seulement, nous sommes dans la rue, et la rue a des lois impitoyables. L’enfant jaune peut rester dans cet endroit, et même y dormir, mais il doit d’abord passer une épreuve, une séance d’initiation, en quelques sortes.
Les trois compères se mettent en ligne, ils exigent que l’enfant jaune s’agenouille et marche devant eux, c’est une forme de cérémonie. Ils exécutent un salut militaire et l’enfant jaune avance difficilement, à genoux, il passe devant chacun d’entre eux, sans tomber.
Ainsi, il pourra rester là pour dormir, et pour la première fois depuis longtemps, ce soir, il ne sera pas seul.

Chapitre IV

La ville se calme. Les trois compères et l’enfant dorment désormais.
L’enfant jaune est recroquevillé, la tête sur son tee-shirt, il rêve et son rêve est une chanson.

« DONNEZ MOI UN NOM /
DONNEZ MOI UN PAYS /
JE VOUDRAIS SAVOIR /
D’OU JE VIENS QUI JE SUIS /
JE SUIS UN ENFANT DE LA GUERRE /
JE SUIS UN ENFANT DE LA RUE /
JE VIENS DE VIVRE DE MISERES /
JE VEUX ETRE RECONNU »

Mais tout le monde ne dort pas et les clowns, cachés un peu plus loin suivent la scène et entendent le souhait de l’enfant jaune.
Le premier clown s’avance avec des pinceaux dans les mains; avec l’un d’eux, il chatouille les pieds de l’enfant qui se réveille d’un coup.
Le clown le prend par la main, l’aide à se relever et comme pour le rassurer et lui dire qu’il ne lui veut pas de mal, il se met à jongler. L’enfant se réveille doucement et sourit.
Le clown tend les pinceaux à l’enfant et l’invite à faire pareil, l’enfant les prend, les jette en l’air, mais ça ne marche pas et les trois pinceaux tombent par terre. Le clown rit, et chuchote un secret à l’oreille de l’enfant. Quelques secondes après, l’enfant est monté sur les épaules du clown et rigole.
Il ramasse les pinceaux par terre et demande au clown de jongler de nouveau, le clown obéit pour le plaisir de l’enfant.
C’est à cet instant qu’un deuxième clown arrive, muni d’un beau nez rouge, il appelle l’enfant, lui confie de nouveau un secret et lui pose à son tour un nez rouge sur le visage. L’enfant s’avance vers le premier clown, et par surprise lui tapote le dos, le clown sursaute et crie, l’enfant et son complice rient aux éclats. Les clowns aiment se faire ce genre de blagues entre eux, l’enfant l’a compris et le jeu dure ainsi quelques minutes, jusqu’à l’arrivée du troisième clown.
Il a entre les mains une drôle de marionnette, elle danse doucement et s’approche de l’enfant.
Ce dernier regarde le clown, puis prend dans ses mains la marionnette, les clowns musiciens se mettent à jouer pour l’accompagner, l’enfant danse avec la marionnette sous le regard protecteur de tous les clowns rassemblés autour de lui.
Ils font ensemble une joyeuse ronde, l’enfant n’a plus peur désormais et il a retrouvé quelque chose d’essentiel: son sourire.

Chapitre V

Sur le plateau de télévision l’ambiance est à son comble, une musique rythmée accompagne les trois présentateurs de l’émission, ambianceurs professionnels ils chauffent la salle en dansant.
C’est une soirée bien spéciale car ce soir, le public va découvrir les trois nouvelles stars de Kinshasa, les trois princesses de la scène kinoise.
Les présentateurs appellent d’abord Carmen, le public l’acclame, elle entre dans son magnifique costume de paillettes et danse pour le plus grand plaisir de tous.
Vient ensuite le tour de Charlène la merveilleuse, le public tape dans ses mains de plus belle, son entrée chauffe la salle, elle secoue son corps au rythme des percussions.
Puis c’est le moment tant attendu de tous, toute la salle est en alerte, car voici maintenant que les présentateurs annoncent la venue exceptionnelle, après avoir fait le tour du monde, de …….
BEBITA LE MOUSTIQUE JAUNE DE KINSHASA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!



Elle entre, toute la salle, les musiciens, les présentateurs lui font une ovation bien méritée, elle danse d’abord seule puis avec ses deux complices, les trois princesses sont splendides, elles brillent sous les feux de la rampe.
Pour saluer leur talent, tout le monde se met à danser et l’émission se termine dans une ambiance chaleureuse, drôle et remplie d’espérance.

Durant toute cette histoire, l’enfant jaune a traversé bien des épreuves, des moments de solitudes et de tristesse, mais il a aussi appris beaucoup de choses et il a croisé sur son chemin des personnes qui ont su l’entendre et l’accompagner.
Il arrive parfois que les rêves se réalisent.


Dalila.


Voici l’histoire que nous allons désormais raconter aux enfants à travers le spectacle.

Distribution:
Mise en scène: Papa Audy assisté de tous
Clowns sans frontières RD Congo: Reagan, Widjo, Adolphine, Sidi
Clowns sans frontières France: Vincent, Dalila
Les trois princesses: Carmen, Charlène, Bébita
Logistique : Hélène et Pitschou